Mon intervention en faveur de la Censure du gouvernement Lecornu
Quand le libéralisme vacille, il sacrifie la démocratie. Quand le capitalisme s’essouffle, la guerre est son débouché. Quand le féminisme progresse, le masculinisme devient violent. Quand la croissance est atone, le colonialisme devient une solution.
Nous sommes là. Dans cet entre-deux, ce clair-obscur d’où peuvent surgir les monstres. Vous le savez au fond votre projet ne prend plus, ne séduit plus. Croissance, croissance au mon beau miroir dis-moi qui a la plus belle croissance. Personne répond le miroir. Plus personne. Parce qu’aucune des lois de l’économie n’est universelle, aucune ne s’impose à l’humanité. L’économie avec ses règles est une construction humaine, il n’y a pas de science derrière ses dogmes, ni d’évidence derrière ses lois. Aucun de ses préceptes ne nous impose de travailler plus, produire plus, consommer plus. Aucun. Seuls les profiteurs nous chantent la mélodie de la croissance infinie dans un monde fini. Pour un euro de profit nous disent-ils le ruissellement viendra à toi, tu ne seras pas moins pauvre mais je serai plus riche nous chantent-ils.
Donald Trump est l’idiot utile de cela, le représentant exécrable de cette violence : je prends, j’utilise, je jette. La prédation à l’état pur, le cynisme de l’argent, la brutalité de la cupidité. Il met ses testicules sur la table pour bien montrer qu’il en a. Il fera peut-être pipi aux 4 coins du monde pour y laisser son odeur. Pareil en Russie, même masculinisme risible, même attitude.
Et nous, que sommes-nous? Par la poursuite imprudente et dangereuse d’un modèle d’économie libérale nous faisons leur jeu. Nous voulons les concurrencer, parler la même langue. For sure. Au final l’interdépendance de nos économies joue comme un filet dans lequel nous nous prenons les pieds, nous empêchant toute réelle résistance et autonomie. Nous importons de Russie des pesticides, de l’uranium et du gaz. L’interception d’un bateau ici ou là n’y change rien. Nous continuons à craindre les droits de douane américains parce que notre économie toute entière en est dépendante. Probablement élèverons nous la voix uniquement pour la forme quand Taïwan deviendra le centre des tensions à venir. Nous les femmes savons ce que des hommes peuvent faire quand la situation leur échappe : ils usent de la force et sont capables de tout détruire, d’over détruire, plutôt que de perdre.
Nous nous imaginons l’espèce la plus intelligente du règne animal, il n’est pas exclu que nous en soyons la plus stupide. Avec une détermination qui force le respect, nous estimons prioritaire de nous faire la guerre économique, et si celle-ci n’aboutit pas de la faire avec les armes. Nous continuons coûte que coûte de détruire, empoisonner, assécher, stériliser, acidifier la terre, l’eau, l’océan. Avec une constance qui suscite une forme d’admiration, nous poursuivons sans relâche, mais avec méthode, l’entreprise de rendre tout à fait impossible notre capacité à vivre sur terre.
Il est temps d’inventer un autre monde, une autre société conçue sur trois piliers : la réparation, la protection et la sagesse. La réparation de celles et ceux qui ont subi ou subissent cette course effrénée au productivisme, réparation des terres abîmées, des paysages enlaidis, des ressources infectées. La protection de celles qui est indispensable à la vie : l’eau, la biodiversité mais aussi le logement, la nourriture, la santé, la culture. Sortir tout cela des règles libérales du marché. Que l’eau redevienne un bien commun, que le logement ne soit plus un luxe, que la culture, l’éducation restent des espaces d’émancipation.
La sagesse. Revenir à la raison, penser notre vie dans le respect des autres et les limites physiques de notre écosystème. Penser notre vie dans la coopération propre à chaque espèce vivante et non dans la supériorité et la domination. Ne pas gâcher, ne pas détruire inutilement, ne pas surconsommer. Trois principes simples. Trois principes de raison. Trois principes de sécurité pour l’avenir. Rien dans votre budget ne permet de commencer ce tournant. Vous mitez les capacités des territoires à proposer une alternative, vous leur coupez les vivres. Pour l’écologie nous verrons demain, mais demain il sera trop tard. Pour le social cela se résume à peu près à marche ou crève. En fragilisant budget après budget les services publics vous rendez le consentement à l’impôt impossible : pourquoi en payer si en retour il n’y a ni hôpital ni médecin, que l’école ferme et que le facteur ne passe plus? Budget après budget vous rétrécissez la culture à un fantasme de milliardaire en recherche de suprématie.
Arrêtons nous un instant à cela, rien qu’à cela. La culture.
Aller au théâtre nécessite d’y penser à l’avance, de réserver, de se souvenir, de prévoir un peu, de planifier souvent, cela occupe un coin de la tête entre l’achat du billet et la représentation, on se réjouit à l’avance. On se demande si cela sera bien. Le jour dit on s’habille et on pense à manger avant ou après, on se demande combien de temps durera la pièce. Ensuite on apprécie, on rit ensemble, on pleure ensemble, on applaudit ensemble. Et puis à la sortie on rentre, on en parle aux voisins et aux amis. On est content, on a vécu quelque chose. C’est tout l’inverse de C News qui vous assigne à un canapé et une pensée, qui vous dicte la peur et vous indique des coupables. Une pièce de théâtre vous fait toujours un peu réfléchir. Il est important que ce théâtre aille partout, se déplace et prospère, que les troupes voyagent, que les champs soient mobilisés l’été et les gymnases l’hiver, que les gens aient encore du commun en dehors de la supérette et des informations/ Mais ça aussi vous me grignotez, au moins 175 millions.
L’année dernière l’économie sociale et solidaire a connu un plan de licenciement aussi brutal et intense que silencieux. Cette année cela sera-t-il la culture? Ce secteur qui ne sert à rien dans vos esprits et qui est si essentiel pourtant quand les temps se troublent.
Pour les acteurs de la culture, pour les enseignants et enseignantes, pour les collectivités, pour les associations pour tout votre bilan, en fait nous voterons cette censure.
Parce que nos vies valent mieux que vos profits.
Parce que notre avenir vaut mieux que votre budget guerrier.
Parce que notre Ennemi souvenez-vous Monsieur Hollande c’est toujours la finance.
