Les tribunes : 6em République et international, Santé

Nous courons de crise en crise en laissant derrière nous des parcelles de liberté

Auteur(s) : Sandrine Rousseau
Date de publication : 4 / Oct / 2020

Avec la crise sanitaire, des mesures supposées d’exception petit à petit se banalisent puis s’institutionnalisent au nom de la santé. Il faudra pourtant la garantie de la liberté tout entière pour affronter la crise climatique qui vient.

Nous courons de crise en crise : la crise sécuritaire faite d’attentats et d’états d’urgence exceptionnels devenus permanents, la crise sanitaire et sa restriction des libertés au nom de la santé. Arrive la crise économique et sa sœur siamoise, la crise sociale. Cette succession ne dit pas encore grand-chose de celle qui se prépare, massive, et qui en entraînera quantité d’autres dans son sillon, la crise climatique.

La République et la démocratie sont à chaque fois éprouvées par ces évènements à répétition. Le schéma est toujours le même : la décision politique est centralisée, les arbitrages tout droit sortis de conseils de guerre ou venus de personnalités régaliennes, ministres et président. Le peuple est intimé à obéir, au nom d’un intérêt supérieur. Il le fait sans trop sourciller. Qui irait contre la protection lorsqu’il y a danger imminent ? Les Françaises et les Français sont compréhensifs – et c’est nécessaire, faute de quoi la pandémie aurait pris un autre tour.

Le problème n’est pas tant dans la gestion de l’urgence que dans les temps qui suivent. Ces mesures supposées d’exception petit à petit se banalisent puis s’institutionnalisent. Gravées dans le droit commun, elles deviennent la norme. Un régime d’exception a été mis en place à la suite des attaques du 13 novembre 2015, pour se transformer en droit commun en 2017 : assignations à un périmètre déterminé, perquisitions simplifiées et création de «zones de protection» à l’intérieur desquelles les forces de l’ordre ont des pouvoirs exceptionnels. Des rapporteurs de l’ONU s’étaient même inquiétés d’une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression, de réunion et d’association.

L’état d’urgence sanitaire, lui, a pris fin le 10 juillet. Il est remplacé par un «régime transitoire» (1) de quatre mois. Mais l’épidémie rebondit et la manière dont cette crise est gérée, depuis Paris, nous conduit peu à peu vers un nouvel arsenal juridique visant à contrôler la vie privée. On entend déjà les arguments : il faut bien contrer la propagation du virus et la saturation des hôpitaux, protéger les gens contre leur gré. Autoriser le survol de villes par des drones, limiter les regroupements, empêcher de se réunir dans les bars ou la rue, repousser les repas de famille… Que restera-t-il de la liberté de réunion et d’association après ce nouvel assaut ? Bien malin qui pourrait le dire aujourd’hui. Ce que l’on sait dès à présent est que les climats anxiogènes sont propices à l’édiction de lois, restrictions et règlements. Parfois ils n’ont que peu de liens avec la crise mais celle-ci sert d’écran de fumée. Ainsi en va-t-il du nouveau schéma du maintien de l’ordre par exemple, qui limite la possibilité donnée aux journalistes d’exercer librement leur métier lors de manifestations.

Rien de tout cela n’est pourtant inéluctable. Si l’urgence peut nécessiter des mesures immédiates et dérogatoires du droit, deux garde-fous permettent tout de même de préserver l’essentiel : la liberté.

Le respect de la démocratie d’abord. Même en cas de crise, surtout en cas de crise, la démocratie ne s’exerce pas uniquement depuis Paris. En France, elle est composée d’assemblées municipales, départementales, régionales. Si les pouvoirs régaliens ne leur reviennent que partiellement, les élu·e·s des territoires constituent le socle de notre cohésion territoriale et la garantie contre des abus de pouvoirs venus de la capitale. Le cas de Marseille devrait nous alerter. L’absence de concertation avec les élu·e·s locaux est une atteinte grave à une démocratie de proximité. Il s’agit d’un ordre donné à la population depuis le centre du pouvoir. Que cet ordre soit bon ou mauvais, telle n’est pas la question. La Ve République et sa toute-puissance présidentielle sont propices à de tels assujettissements, mais faut-il en user de la sorte ? Aucune république fédérale, aucun régime parlementaire ne pourrait prendre de telles mesures sans en passer par les territoires et une gestion décentralisée, du moins concertée.

Ne jamais institutionnaliser les règles dérogatoires ensuite. Faute de quoi chaque crise verra se réduire nos libertés, et avec elles les fondements mêmes de notre république. Si nous ne construisons pas après celle-ci un nouvel élan de liberté alors petit à petit, sans même que nous le percevions, nous préparons le terrain à une gestion totalitaire. Si nous ne maintenons pas, quels que soient les vents contraires, notre modèle démocratique, ce qui fait de la France le pays des Droits de l’homme – et de la femme -, alors nous n’aurons pas plus la force de le défendre plus tard. C’est à cela que l’on reconnaît un pays libre : sa capacité à ne pas renier ses grands principes par temps de crise. Et ce défi, nous n’en sommes qu’au début.

La crise climatique qui vient mettra en tension nos démocraties et nos manières de vivre ensemble.

Apprenons de ce qui se déroule actuellement, perfectionnons notre démocratie, garantissons nos libertés et développons notre sens collectif de la responsabilité. Saisissons les événements actuels pour nous réinterroger sur notre commun, nos valeurs, ce qui fonde notre société française, si chère, si libre. Utilisons la démocratie locale pour faire bloc, décentralisons les décisions, renforçons le rôle du Parlement, développons les outils démocratiques qui nous permettent de lutter contre nos propres peurs, garantissons les contre-pouvoirs indépendants.

Alors ces crises n’auront pas servi à rien. Elles nous auront même aidés à affirmer l’essentiel : nos valeurs. Pour que l’avenir ne nous plonge pas dans l’obscurité, réaffirmons l’idéal des Lumières et garantissons nos libertés de citoyen·ne·s.

(1) Paru au Journal officiel le 10 juillet.

 

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